Virginie Prokopowicz entourée de Julia Gault et Raphaël Maman à l'espace de création Le Mur

Espace de création Le Mur :
CARTE BLANCHE À JULIA GAULT ET RAPHAËL MAMAN

Virginie Prokopowicz entourée de Raphaël Maman et Julia Gault à l'espace de création Le Mur.

L'espace de création Le Mur accueille Julia Gault et Raphaël Maman jusqu'au 17 novembre 2019.

Photos :
P. Songeux,
R. Maman
et L. Ardhuin.

L’espace de création Le Mur de Virginie Prokopowicz, accueille deux jeunes artistes, Julia Gault plasticienne et Raphaël Maman qui est à la croisée de sculpteur et de designer, pour une exposition qui sort de l’ordinaire. Exposition évolutive, conçue comme une réunion de chantier avec plusieurs phases, les « maîtres d’œuvres » vont nous inviter à suivre les différentes étapes de transformation jusqu’au 17 novembre 2019. Après la réunion de chantier démarrage des travaux avec l’arrivée des matériaux et le métrage du 12 octobre, les  prochaines dates de transformation seront le mardi 22 octobre, le 12 novembre, le 16 et 17 novembre.

L’énigme est de ne pas savoir si l’on abat si l’on bâtit (André Breton)
La « carte blanche » est devenue un genre à part entière dans la pratique de l’exposition. Offerte le plus généralement à un artiste, en l’occurrence deux, Julia Gault et Raphaël Maman, elle invite implicitement à deux actes : sonder l’identité d’un lieu, on pourrait dire pompeusement capter son genius loci, et déployer un projet à son échelle de nature à ce qu’ils entrent en correspondance. Le local, tel qu’il est perçu par l’artiste, s’hybridant avec son œuvre. Or, Julia et Raphaël ont trouvé avec le Mur un espace « carrelage-néons » de production en travaux, face un Gédimat, et dans une commune, Moret-sur-Loing, qui porte dans son nom (Moret dériverait du celte mor- signifiant marais) la rude épreuve qu’elle impose à ce qui y est bâti. Dans un Paris qui devient Grand, les images de chantier ne manquent pas, et dans leur étrange beauté, impriment certains égarés qui les observent en passant. Le chantier. C’est donc cette idée en tête que Julia Gault et Raphaël Maman ont retourné l’espace, dans une volonté de créer un lieu qui garde les traces de ses états précédents, une spatialité mouvante associée aux gestes de cette transformation. En entrant, une dalle de béton, fraîchement coulée, là, quelques plaques de placo, ici, un trait de laser, mais qui à mieux y regarder est reporté à la main, avec les imprécisions subtiles que cela engendre par rapport au trait autoritaire du laser, au fond, les traces d’un tas de terre, et de multiples structures, des tas coupés sec, des tours, hautes mais fragiles, que d’équilibres précaires qui menacent de s’effondrer, et parfois passent à l’acte. Bref, c’est en chantier, littéralement. Concrete, en anglais le béton et ce qui est concret, voilà un mot qui qualifierait bien cette expo. C’est un morceau de réalité posé dans un espace d’exposition. Du réel, pur, sans narration, sans message, et dans tout ce qu’il a de prosaïque. Et comme un chantier, il a impliqué le corps de ses travailleurs, qui sont par exemple allés chercher la tonne de terre dans la forêt alentour. Et comme un chantier, qui n’a pas vocation à rester là sans mouvement - c’est un lieu en même temps qu’un moment, la transition dans un espace entre deux états -, ce projet est appelé à évoluer lui aussi, à connaître différents stades. Une exposition qui a renoncé à son unité de temps, évolutive, et qui ne présente pas tant qu’elle représente. Pas une succession d’images accrochées les unes à côté des autres, une image, globale et mouvante. Et à y regarder de près, tout cela apparaît comme une synthèse de certaines ramifications du travail des deux jeunes artistes. Chez Julia Gault, on a déjà vu ces tas de terre, menaçants à deux titres, par leur stature et de s’effondrer sous leur propre poids ; on a constaté l’intérêt qu’elle porte pour ce qui passe, pour la transition, en même temps que pour le fragile, notamment en exposant des récipients en terre crue remplis d’eau pour déclencher leur affaissement. Chez Raphaël Maman, on a vu l’attrait pour la norme et l’usage, pour la manière de contraindre et de diriger des corps, de confronter leur mesure à l’espace. Ainsi ont-ils hybridé leur pratique à l’espace, en même temps qu’ils ont réalisé une synthèse du chemin parcouru jusque-là. Et le chantier qui pourrait apparaître dès lors comme une parabole de leur propre condition, d’humains, de citoyens, d’artistes. Ce qu’ils construisent.
Clément Thibault

L’énigme est de ne pas savoir si l’on abat si l’on bâtit - Phase 1

Réunion de chantier avec Julia Gault
La dalle en béton de Raphaël Maman, qui va se fissurer avec le passage des visiteurs et que l'artiste colmatera au fur et à mesure de l'exposition
Les matériaux avant la phase de transformation
Exposition de Julia Gault et Raphaël Maman à l'espace de création Le Mur
Vernissage de l'exposition de Julia Gault et Raphaël Maman
Raphaël Maman à l'espace de création Le Mur

Julia Gault :
« Ce qui nous a intéressés dans cette carte blanche, c’est vraiment l’idée du chantier comme un espace temps, où la matière se transforme et se construit. Du coup, cette exposition est construite autour de quatre phases de travail, le montage, deux phases intermédiaires et le démontage. Les formes vont évoluer et l’espace va être modifié par la disposition des œuvres et leurs formes aussi. Au niveau de la terre, c’est un matériau que j’utilise beaucoup dans mon travail, ce qui m’intéresse, c’est que cette terre que je vais chercher en forêt, est une matière qui est vivante, parce ce qu’elle est composée de graines et d’insectes. C’est une matière qui bouge, et pour moi, c’est important parce que c’est la matière qui compose le sol horizontal sur lequel on marche. Je travaille beaucoup dans ma démarche sur la fragilité de la posture verticale, comme forme qui résiste à la gravité. Du coup, prendre de la terre vivante pour faire de la sculpture et tenter qu’elle se tienne debout est déjà un contre sens, car c’est une matière qui est friable et qui retourne à la terre. Ce  sont des formes et des sculptures qui parlent de cette fragilité et finalement de la contradiction du geste du sculpteur de vouloir faire en sorte que la sculpture tienne debout. Au fur et à mesure de l’exposition, cette terre va se transformer en module architectural et à partir de cette matière qui est informe et inconstructible, je vais essayer de monter des modules d’architecture, qui vont devenir parpaings, il y aura un escalier qui va être construit, des piliers, des murs et des cloisons ».

Raphaël Maman :
« Pour cette exposition, on s’est inspiré de l’espace dans lequel on s’inscrivait et de la vie du bâtiment. C’est un lieu qui est de base un chantier car c’est un espace qui n’est pas totalement fini dans la construction, qui était avant d’être un lieu d’exposition, un lieu destiné à la construction (Gedimat). Donc, on avait cette envie de penser à un projet qui soit en adéquation avec cet espace et en même temps qui traduit quelque chose, une espèce d’essence qui traduit notre travail à tous les deux. Chez Julia, dans la construction d’architecture qui est friable et moi dans le travail de la norme et des standards, qui pensent des espaces qui sont forcément modulés et normés grâce à des matériaux qu’on utilise, des moyens pour les assembler. Cette exposition qui s’appelle « L’énigme est de ne pas savoir si l’on abat si l’on bâtit », c’est vraiment un point entre l’espace temps d’un chantier, qui est en même temps un espace où le chantier commence, où les éléments d’avant sont détruits et le chantier  fini, où un nouveau bâtiment ou élément architectural est construit. Cet espace temps de chantier, c’est vraiment cet espace dans lequel on s’est inscrit, cette exposition va être complètement modifiée, modulée par trois temps de travail où tous les éléments qui sont présents dans l’espace vont être rejoués et ré-agencés pendant l’exposition. J’ai trois pièces qui s’inscrivent sur trois gestes qui sont : un geste au sol, un geste au mur et un geste au plafond et Julia a un élément propre qui est la terre, qu’elle montre dans un premier temps dans sa matérialité la plus informe, qu’elle va après moduler pour créer une espèce de fondation, et pour après monter des murs pour cloisonner les espaces.
Moi, les trois matériaux que j’utilise qui sont le béton pour le sol, le niveau laser pour le mur et les plaques de placo pour le plafond, vont être ré-agencés à chaque fois pour créer des vraies cloisons.
Les cloisons sont des éléments standards qui font 2,50m et forcément l’espace dans lequel il s’inscrit fait 2,40m, donc le geste est vraiment de venir lever la plaque et venir la casser pour qu’elle puisse rentrer dans cet espace et tenir.
Mes lignes au mur vont être dupliquées, il y en aura trois au fur et à mesure qui vont diviser l’espace de l’expo du mur en trois espaces égaux. C’est en fait une continuité du niveau laser que je retrace en suivant avec un feutre. Il y a une espèce de traduction comme ça d’un élément standard et froid du niveau laser, et qui on se rapprochant de plus près, on se rend compte que cette ligne est sinueuse, imparfaite, qu’elle est cassante par rapport à des éléments qui viennent s’obstruer par devant.
Ma dalle de béton va être au fur et à mesure usée par le spectateur pendant le déroulé de l’exposition que je vais venir colmater pendant les phases de travail.
Ces trois gestes là vont être modulés au fur et à mesure de l’exposition".

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Infos pratiques
Exposition du 12 octobre au 17 novembre 2019
8, avenue de sens, Ecuelles, 77250 Moret Loing et Orvanne

Mardis/jeudis de 10h à 17h Samedis 11h à 18h/ dimanches de 15h à 19h
ou sur rdv au 06 08 68 40 30

 

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L’ASSOCIATION LE MUR, espace de création
Depuis 2013, Le Mur organise des événements artistiques et culturels valorisant le processus de création, de production et de diffusion de l’art contemporain dans le souci de favoriser l’accès de tous les publics à l’art. Son action, basée sur la création de projets et la promotion d’artistes, propose une programmation particulière pour le Prieuré de Pont-Loup à Moret sur Loing et l’espace de création du Mur, où les démarches des artistes doivent se lier au patrimoine local, à l’histoire, à l’architecture, autour d’un thème donné. Par convention, la Mairie de Moret Loing et Orvanne a confié la programmation artistique du Prieuré de Pont-Loup à l’association Le Mur. Une galerie de 130 m² se situe au sein d’un atelier; les artistes peuvent ainsi développer leurs démarches dans un processus plus expérimental et présenter une exposition de leurs recherches.

 

Julia Gault
Diplômée avec les félicitations du jury, de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs en 2016, Julia Gault est une artiste plasticienne née en 1991. Elle questionne le geste d’ériger la matière, de lui donner de la hauteur et de tenter qu’elle s’y tienne. Un geste contre nature puisque tout élément tend à être ramené au sol par la force de la pesanteur. Ses sculptures et installations parlent de la précarité de la posture verticale. Elles se tiennent dans un équilibre instable, souvent au bord de l’effondrement. Il s’agit pour elles de tenir debout, de tenir bon. Ses pièces ont été montrées dans de nombreuses expositions collectives notamment à la Galerie Bertrand Grimont La petite collection, 2018, à l’atelier W Sous la peau. Le revers des structures, 2018, au Château de Vincennes L’or blanc, 2018, à la Galerie Laure Roynette Matière première, 2017, à l’Espace Commines L’esprit du temps, 2017, à la Galerie Valérie Delaunay Garder le Cap, 2017, au Crédit Municipal Relève, 2017, à l’Institut du Monde Arabe Le Décoratif et l’Orient, 2012, ou encore dans la Chapelle du Musée de Saint-Denis Les hauteurs, 2010. Julia Gault a bénéficié de trois expositions personnelles : Ce vertige qui le tient droit en 2016 à l’ENSAD, Bien que le monde se renverse à la Galerie du Crous en 2017 et Onde de submersion à l’Espace d’art contemporain Camille Lambert en 2019. Son travail a été sélectionné pour différents prix comme pour le prix Artagon 1 en 2015, le prix Dauphine pour l’art contemporain en 2016, le concours la Convocation en 2017 et le 63e Salon de Montrouge en 2018. En 2015, elle a été lauréate du Prix Artistique Fénéon de la Chancellerie des Universités de Paris.

Julia Gault, Tout s'ecoule et rien ne reste.Tout s’écoule et rien ne reste 2018
Bois, écrous, boulons
130 x 250 x 40 cm. Photo : Laurent Ardhuin

Mes sculptures « Tout s’écoule et rien ne reste » sont des étais architecturaux dont la fonction est d’être placés comme soutien lorsque des bâtiments menacent de s’effondrer. À l’échelle de l’architecture, ces sculptures sont placées dans l’espace d’exposition de manière à être en tension avec cet espace, une tension instable. L’une par exemple qui est un était de voûte est retourné sur la courbe, et fait penser à un culbuto et renvoie à l’idée de mouvement. L’idée de mouvement et de chute possible de l’étai est ici encore une contre fonction de l’objet qui est censé bloquer le mouvement des bâtiments. Ces sculptures évoquent l’impossibilité humaine d’arrêter le mouvement naturel de la matière qui pousse la forme vers le délitement.

Julia Gault, Bien que le monde se renverse.

Bien que le monde se renverse2017
Bâche imprimée, tubes de cuivre

Les œuvres de Julia Gault tendent à explorer la précarité de la posture verticale, qui s’oppose à la gravité. Rio de Janeiro, 2015. L'explosion d'une canalisation d'eau enfouie dans une favela entraîne un éboulement de terrain et la destruction d'une maison en contre-bas. La photographie du terrain après l'événement est imprimée sur une bâche qui, à l'image du paysage, s'affaisse sur elle-même. Sur les tuyaux de cuivre qui la soutiennent sont gravés quelques vers tirés de Poésie Verticale de Roberto Juarro.

Julia Gault, Ou le desert rencontrera la pluie - vue ensemble.

Où le désert rencontrera la pluie 2 - 2018
Terre de faïence crue, acier
Dimensions variables
Pièce unique
Photo : Laurent Ardhuin.

 

Raphaël Maman
Diplômé des Arts Décoratifs de Paris en 2018 et étudiant aux Beaux Arts de Paris, la pratique de Raphael Maman, croisée de sculpteur et de designer, naît d’une volonté de révéler la norme en lui donnant corps, pour mieux dévoiler sa logique et son fonctionnement. Dimensions d’une feuille de papier, envergure de nos bureaux, chaque élément de notre quotidien est mesuré pour s’inscrire dans un schéma normé à l’échelle d’une pièce, d’une rue, d’une ville, d’un pays, d’un monde en commun. Et c’est là, dans cette prise de distance critique, dans l’observation attentive des normes que se construit le terrain fertile de sa création. Les normes deviennent ses règles du jeu, un système de mesure propre qui déborde en un critère de création. Partir de la contrainte imposée pour la défier. Apprivoiser pour contredire. Déconstruire pour créer. Ses pièces ont été montrées dans des expositions collectives notamment à l’Espace Arondit lors de Clôture 06/2016 - 06-2019 en 2019 et Derrière les murs est sous la terre en 2017, à la galerie Au Medicis pour Architecture réemployées réinventées en 2018. Raphaël a eu aussi la possibilité de montrer son travail lors d’exposition personnelle, à la galerie du 10 avec ‘Grid system’ en 2018 et La Lézarde la même année aux Arts Décoratifs de Paris.

Raphaël Maman, Grid system.

‘Grid system’ - 2018
Projet in situ dans la galerie du 10, toner noir,
dimensions variables.

La grille de mise en page est une structure en deux dimensions qui permet de hiérarchiser un contenu et faciliter la création d’une édition. 
Utilisée presque systématiquement en graphisme, elle a été de nombreuses fois théorisée, notamment par le designer suisse Josef Müller-Brockmann dans Grid Systems in Graphic Design. Dans ce récit il nous montre la facilité et la rapidité d’usage de son système et tente de la projeter, non plus simplement sur la surface d’une page en deux dimensions, mais dans un espace tridimensionnel. Cette œuvre aux dimensions variables est une application du système dans l’espace. Elle consiste à utiliser chaque mur, plafond et sol, comme étant une page blanche et de venir, rigoureusement, y dessiner une grille à l’aide d’un cordeau à tracer. L’espace possédant déjà ses propres normes (mur courbe, mesure imparfaite, élément de décoration, etc.) ce n’est plus l’espace qui se crée à partir de la grille, mais la grille qui se module et vient révéler les contours de l’espace.

Raphaël Maman, Formats de base

Formats de base – 2017
Dalles en béton aux formats papier de série A, formats variables.

Aujourd’hui encore la taille d’un bureau, la largeur d’une étagère, la dimension d’une bibliothèque, le format d’une boîte aux lettres est l’héritage d’une période où tout était rationalisé à partir des standards du format papier de série A, pour gagner en espace, en temps et en coût de production. En modifiant sa matière, du papier au béton, se crée une nouvelle matérialité née de l’aspect esthétique et du poids. Elle se métamorphose par des moules et devient élément de construction. Du plat au plein s’opère le passage de la deuxième à la troisième dimension.

Raphaël Maman, Bâtir la règle

Bâtir la règle - 2018
Armoire à courriers, briques, mortier,
41 x 34 x 350 cm

Dans « Bâtir la règle », le mobilier standard de bureautique devient le socle de construction architectural. Les briques standards, assemblées sur le meuble, s’accordent à sa dimension créant ainsi un prolongement ascensionnel jusqu’au plafond, tel un pilier d’architecture. Celui-ci révèle alors un lien indirect entre la taille d’une brique, habituellement à l’échelle d’un bâtiment, et notre mobilier. Historiquement, l’architecture a normé les formats de mobilier, ici c’est le mobilier qui façonne la forme de l’architecture. L’utilisation de meubles datés renforce cette affirmation. Le renversement qui s’opère est le signal qu’aucune mesure n’est laissée au hasard. Le mobilier devient la structure de construction qui empêche l’effondrement.

Exposition de Julia Gault et à Raphaël Maman à Moret

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